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||| BIG DATA / HPC / M2M

La mort des chirurgiens

Le 28 février 2014 par Laurent Alexandre, chirurgien urologue, président de DNAVision, auteur de "La mort de la mort" (éditions J-C Lattes)

Il y a vingt-cinq ans, le grand chirurgien français Guy Vallancien prophétisait l’émergence d’une médecine hypertechnologique où la robotique chirurgicale bouleverserait le rôle des médecins. Cette prévision avait fait sourire. A cette époque, le Web, Google, le smartphone, les robots ou le séquençage complet de l’ADN étaient inimaginables.

EXPLOSION DE LA PUISSANCE INFORMATIQUE

Mais, en vingt ans, la puissance des serveurs informatiques a été multipliée par un million. Le plus gros ordinateur, le Tihane 2 chinois, réalise aujourd’hui 33 millions de milliards d’opérations par seconde et il est trois millions de fois plus puissant que le calculateur Deep Blue qui a battu en 1997 le champion du monde d’échecs et en Europe les supercalculateurs les plus puissants, comme ceux de Bull, atteignent plusieurs millions de milliards d’opérations par seconde. La loi de Moore, qui prédit l’explosion de la puissance informatique à prix constant, a permis à la science-fiction de devenir réalité.

Pour ce qui concerne la médecine, la complexité de l’acte chirurgical semblait exclure que le chirurgien puisse un jour être défié par des machines. Pourtant, les premiers robots chirurgicaux – principalement le Da Vinci – sont apparus à partir des années 2000.

Ils ne sont pas encore autonomes et restent sous le contrôle du chirurgien, qui est en permanence présent derrière la console informatique. Ils entraînent encore des surcoûts d’environ 20 % pour une opération et augmentent certaines complications. Il n’empêche : environ 2 000 robots assistent aujourd’hui les chirurgiens dans le monde. Les choses vont s’accélérer : l’intelligence artificielle et la robotique progressent désormais si vite que les prochaines générations de robots chirurgicaux vont dépasser puis remplacer les chirurgiens.

MACHINES INTELLIGENTES

Le premier ordinateur exaflop, c’est-à-dire réalisant 1 milliard de milliards d’opérations par seconde, sera allumé en 2019, et Intel prévoit que le cap du zetaflop (mille milliards de milliards d’opérations par seconde) sera atteint vers 2029. Le rachat par Google des huit plus belles sociétés de robotique en quelques mois est un signal assez sûr de l’envol de cette technologie. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder sur YouTube les époustouflantes performances de Big Dog, l’un des plus beaux robots acquis par Google.

Les machines mécaniques traditionnelles ont progressé relativement lentement depuis deux siècles : leur efficience doublait tous les cinquante ans. A l’inverse, la capacité des machines intelligentes explose au rythme de la loi de Moore. La robotique, après avoir longtemps été un thème de mauvaise science-fiction, va changer notre monde en quelques décennies, et pas seulement la chirurgie. Il est probable que le patient de 2035 refusera de se faire opérer par un humain, tout comme aucun d’entre nous n’entrerait aujourd’hui dans un avion dont l’ordinateur de bord aurait été débranché.

La mort des chirurgiens pourrait n’être que leur métamorphose s’ils investissent les métiers de demain : NBIC(*), intelligence artificielle, « big data », robotique et biomécanique. Les chirurgiens deviendraient ainsi les experts qui conçoivent les robots. Sans tomber dans le luddisme, qui est un refus de la technologie, il est urgent de réfléchir au devenir des travailleurs peu et moyennement qualifiés : si l’acte chirurgical – objectivement fort complexe – peut être complètement robotisé en une vingtaine d’années, quelle profession ne pourra pas l’être ?

Laurent Alexandre

Laurent Alexandre, chirurgien urologue, président de DNAVision, auteur de “La mort de la mort” (éditions J-C Lattes)
l.alexandre at dnavision.be

(*) Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and Cognitive sciences

Source : D’après un article original paru dans LE MONDE SCIENCE ET TECHNO le 10 février 2014.


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